Au lieu-dit “le grand moustier”…
Ainsi commence l’acte notarié… et la grande aventure, comédie dramatique ou beau conte moral, l’avenir le dira !
Pourtant, pas trace d’un monastère dans les grasses prairies qui s’étendent sur le plateau limoneux du Hainaut. Aucune mention sur les cartes locales ni dans la toponymie locale.
Un lieu de prière oublié, une histoire enfouie dans la plaine et juste quelques bribes de souvenirs transmises par un vieux monsieur… Pourquoi avoir choisi cette maison-ci, parmi tant d’autres ?
Une maison en ruines, insalubre, modeste depuis toujours, un peu à l’écart du village mais rattrapée par les constructions modernes…
Pourquoi ?
Peut-être juste un sentiment de reconnaissance au premier coup d’oeil, une sensation de familiarité, la conviction que c’était la mienne…
Bien sûr que j’ai vu son toit en ruines, ses infiltrations d’eau, ses cache-misères… et les mensonges éhontés de l’agent immobilier. Bien sûr que tous les gens raisonnables m’auraient déconseillé de l’acheter.
Mais elle me murmurait autre chose. Elle me parlait d’un temps révolu où le simple laboureur pouvait demander à la terre sa pitance et son logis pour peu qu’il eût un cœur vaillant et des bras solides. Elle me disait, la vieille maison, que ses murs défieraient encore le temps, bâtis à une époque où on ne connaissait pas le principe d’obsolescence. Elle relevait timidement ses oripeaux sans oser se targuer d’être la doyenne du lieu. Sa modestie l’empêchait de clamer une vérité élémentaire : elle avait affronté les intempéries sans faillir, son pignon aveugle faisait le gros dos au vent d’ouest, gardait ses tuiles centenaires et ses pieds au sec. Elle était plantée là, sur une éminence à peine perceptible, au milieu d’une parcelle de terre fertile. Les herbes folles masquaient la pierre d’un ancien puits. Délaissée depuis un demi-siècle, abandonnée aux soins négligents de locataires indigents, elle n’a pas connu les matériaux modernes. Ici dominent la brique de campagne, la chaux, le sable, la terre crue prise au jardin, la paille, le bois, la pierre bleue, la tuile flamande à torche …
Les égoûts sont inexistants, l’électricité tellement sommaire que mêmes les normes des années 60 devaient être trop exigeantes, un seul robinet d’eau près de la porte d’entrée, une vieille porte disjointe à l’immense clé rouillée…
Ici, on vit encore au tout début du 20e : entre le poêle à bois et la bassine en zinc… et les toilettes au fond du jardin.
21 août 2008
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